
En cette rentrée, nous voici au seuil d’une année unique pour ses conséquences au niveau culturel, social et politique, une année à hauts risques pour préserver des liens, une qualité du vivre ensemble, pour faire reculer les haines et les violences, les ségrégations et les discriminations, développer les solidarités.
Pour nous, à VIF, il y a des priorités. L’ampleur des inégalités de santé avec en point de mire les reculs pour l’accès aux soins est insupportable. Et néanmoins, on la supporte. Voilà un pays qui ne manque ni de richesse ni de luxe et pourtant, la pauvreté s’est amplifiée. Ce doit être une priorité de santé publique : offrir et développer les moyens pour s’attaquer à toutes les inégalités.
Des exemples ? Une des premières inégalités, majeure dans la vie quotidienne, est cette difficulté à trouver un médecin traitant, que ce soit un généraliste, un spécialiste. Désormais que ce soit en milieu rural, en ville, c’est devenu le parcours du combattant.
Toujours en matière d’organisation, VIF veut poser la question du paiement à l’acte et celle des dépassements d’honoraires, qui vient redoubler le discours répandu sur la pénurie de médecins et de spécialistes.
Sans un débat le plus large sur ces deux questions fondamentales pour l’accès aux soins, rien ne pourra se faire. On va brandir le nécessaire « courage politique » pour affronter ces difficultés lorsque l’on sait que la réduction du nombre de médecins a été « pensée » et décidée dans le milieu des années 1970 pour limiter leur nombre, vecteur de la nécessaire réduction de la concurrence pour réduire les dépenses de santé… Or aujourd’hui, le nombre de médecins ne baisse plus, il augmente même et pendant dix ans, il va continuer d’augmenter. Comment, dès lors, supporter ces déserts médicaux ?
Nous allons continuer à marteler les propos de Bernard Bégaud dans VIF au printemps : « Quand allez-vous enfin vous rendre compte que le principal problème, tant pour la santé publique que pour l’équilibre budgétaire, réside dans la surconsommation généralisée de médicaments ? » Une dizaine de rapports, vingt ans à marteler qu’en matière de médicaments, le premier problème à régler n’est pas le prix mais la gabegie dans laquelle la France se repaît. Aussi, ne visons pas le possible (baisser la consommation de moitié) mais le faisable : un tiers. Ce serait près de 11 milliards d’euros économisés chaque année. Bien plus que l’ensemble des mesures, souvent socialement injustes, prises ces dernières années pour tenter de contenir le dérapage des dépenses santé alors que l’on se garde bien de toucher aux causes.
Nous le croyons, il n’y pas de fatalité au « trou de la Sécu », et ce n’est pas en publiant des chiffres culpabilisants – ceux de la « fraude à la Sécu », des arrêts de travail abusifs, de l’Aide médicale d’État, des soins remboursés à tort aux diabétiques, etc. – que l’on résoudra nos injustices. C’est en s’attaquant aux lobbies, en refusant le statu quo et en donnant sa juste place à la santé (et non pas toute la place) que les lignes bougeront.
Autre colère : pour les vieux, l’avenir serait donc d’humaniser les Ehpad et d’envisager des structures à taille humaine alors qu’un certain nombre d’entre eux ressemblent encore trop à des lieux de concentration. Certes, mais alors que l’évolution de la société, les progrès de la médecine, des soins permettent à un nombre de plus en plus important de personnes de bien vieillir pendant deux ou trois décennies après la cessation d’activité professionnelle, les discours politiques n’insistent que sur la culpabilisation, sur la charge financière et le poids économique. Les vieux sont responsables. Ils doivent participer à une solidarité effective entre les générations. Mais responsables, cela veut aussi dire acteurs des choix.
Quant à la psychiatrie, comment affronter cette réalité que seulement 30 à 40% des postes de psychiatres sont pourvus ? De la grande difficulté pour obtenir un rendez-vous pour quelqu’un en souffrance psychique, pire pour un enfant ou un adolescent en besoin de soins et d’accompagnement. On se rassure avec une psychiatrie dite « de précision », avec la précocité du diagnostic quand aucune solution n’est proposée pour des soins dans la durée. Dans la situation assez dramatique de l’offre de soins, la guéguerre entre tenants d’une psychiatrie médicale et neurobiologique et une psychiatrie humaine référencée à la psychopathologie et aux sciences humaines devrait impérativement cesser. Les ultimes recours deviennent les urgences qui sont saturées, où les malades sont en attente d’un lit et se retrouvent attachés, sanglés sur des brancards pendant parfois plusieurs jours, avant de se retrouver dans des chambres d’isolement générant un traumatisme inoubliable, redoublant leurs souffrances morales ! Nous allons nous attacher (sic) à donner la parole, à écouter le vécu des personnes confrontées à de telles extrémités « qu’offrent » ces prises en charge qui ne sont en aucune façon du soin.
Enfin, dans cette année à hauts risques, nous allons donner la parole à celles et ceux qui vivent dans des municipalités gérées par l’extrême droite afin de décrire précisément ce qui se joue, les reculs des droits, les attaques contre la culture et le développement des discriminations pour les plus précaires. Nous allons chercher à débusquer les fausses affirmations, les attaques contre les avancées scientifiques sous couvert de complotisme. Nous allons aussi regarder l’histoire pour en tirer des conseils sur la résistance à venir, les ambiguïtés à éviter, sur les fuites en avant qui ne sont que des retours en arrière.
À VIF, la Santé est notre baromètre. Elle fait partie de nos valeurs culturelles et de la qualité du vivre ensemble dans la diversité qui est une richesse.
Voilà les objectifs que nous nous fixons pour participer et susciter le débat citoyen mais aussi l’action en cette année cruciale pour la démocratie.
VIF