
Pour qualifier les lycéens qui bloquent leurs établissements et revendiquent de meilleures conditions d’études, nombreux sont les commentateurs qui soulignent que cette jeunesse née entre 2009 et 2011 est la génération qui, au collège en 2020-2021, a été la plus touchée par les mesures sanitaires liées au Covid. Les analyses mettent en avant la souffrance psychique (isolement, solitude, angoisse) dont elle aurait fait l’objet. Ce mouvement lycéen serait un effet retard, l’expression d’une frustration, d’une privation d’adolescence… Ainsi, certains les comparent au Gilets jaunes, les oubliés de la décennie.
Peut-être est-il possible d’avoir une autre lecture de ces blocus et de ces manifestations : et si précisément ces jeunes avaient tiré profit des confinements, et si elles et ils avaient fait de cette expérience de vie confinée un savoir politique ? Ce qui est en effet singulier dans ce mouvement, c’est la solidarité qui l’anime : les lycéen.nes des centres-villes défilent pour et avec leurs camarades de banlieues, ceux des établissements classiques et professionnels, toutes et tous manifestent ensemble.
On a beaucoup mis l’accent sur le mal-être de cette génération, et l’on a insisté sur ce qu’a fait la pandémie sur les plus jeunes, mais ce qu’elle nous donne à voir, c’est une maturité, une forme de responsabilité qui fait du bien à tout le monde.
Philippe Artières