
Il y a trente ans, le congrès de Vancouver. Et tout semblait possible. Le sida devenant une maladie chronique et des nouveaux outils de prévention, proches d’un vaccin, se multipliaient.
Juin 2026, le choc est brutal. « Il ne fait aucun doute qu’il s’agit de la perturbation la plus grave de la riposte au VIH depuis que le monde s’est uni pour lutter contre cette maladie », lâche Winnie Byanyima, la cheffe de l’Onusida, dans son rapport. « Les coupes budgétaires, combinées à la réduction de l’espace civique et à la criminalisation accrue des populations marginalisées, se sont conjuguées pour créer la plus grande tempête que la riposte au VIH n’ait jamais connue. »
Ce n’est plus un retour du balancier, c’est un gâchis honteux, une atteinte frontale contre le rêve qui commençait à se réaliser, celui d’un monde sans VIH. L’Onusida n’a jamais été aussi inquiet : « Les programmes de prévention figurent parmi les premières victimes de ce désengagement. Dans certains pays, les financements consacrés aux préservatifs ont chuté de plus de 90%. L’utilisation de la PrEP, le traitement préventif contre le VIH, a quant à elle reculé de 38 % entre 2024 et 2025 dans les 62 pays ayant communiqué leurs données à l’Onusida, l’agence des Nations unies consacrée à la lutte contre le virus. »
L’agence met en garde contre un risque croissant d’interruption des traitements dans les pays les plus dépendants de l’aide extérieure. Une telle rupture entraînerait mécaniquement une hausse des décès liés au sida et de nouvelles infections. Chaque semaine, 3 000 adolescentes et jeunes femmes contractent le VIH en Afrique subsaharienne. Pour l’Onusida, ce chiffre illustre les difficultés persistantes à atteindre certaines des populations les plus exposées.
Cette remise en cause intervient alors même que la lutte contre le sida a enregistré des avancées majeures au cours des quinze dernières années. Les décès liés à la maladie ont reculé de 56%, passant de 1,3 million en 2010 à 570 000 en 2025. Dans le même temps, les nouvelles infections ont diminué de 43%, à 1,2 million de cas par an. Aujourd’hui, 32,1 millions de personnes, soit 78% des 40,9 millions de personnes vivant avec le VIH, ont accès à un traitement.
Ces résultats demeurent toutefois fragiles. Près de neuf millions de personnes ne bénéficient toujours pas d’un traitement antirétroviral. Et dans plusieurs régions, les progrès réalisés reposent encore largement sur les financements internationaux. En Afrique occidentale et centrale, ceux-ci assurent environ 90% du financement des programmes de traitement du VIH. Le message est clair : « Si nous n’agissons pas, nous risquons de réduire à néant des décennies de progrès durement acquis », conclut Winnie Byanyima.
Éric Favereau