Un battement d’ailes de papillon pour cette année présidentielle… 

Une rentrée présidentielle ?  Par le hasard du calendrier, VIF fête ses 5 ans en même temps que se dessine le choix d’un nouveau président. VIF est en effet né en 2021, quelques mois avant la réélection d’Emmanuel Macron. Aujourd’hui, près de 1 600 jours plus tard, on peut avoir le sentiment d’un immobilisme autour des thèmes qui nous tiennent à cœur : les vieux, les fous, et les inégalités de santé. Il ne s’est en effet pas passé grand-chose.

Certes, les vieux qui, hier se taisaient, aujourd’hui grâce au CNaV (Collectif national autoproclamé de la vieillesse) parlent, ils se font même entendre. Mais voilà qu’on les accuse désormais de se comporter comme Harpagon, de garder jalousement tous leurs revenus de retraités dans leur chaussette. De silencieux, les voilà accusés.
Les fous ? Parlons-en… On en parlé. Deux ans de « grande cause nationale » n’ont, de fait, pas changé radicalement le diagnostic, celui d’une discipline sinistrée, en manque de repères et de reconnaissance. Il y a eu bien sûr le coup médiatique de Nicolas Demorand se qualifiant publiquement de « malade mental », démarche courageuse, mais au passage, il a enfermé les enjeux du moment à une simple question de diagnostic. 
Quant aux inégalités de santé, elles se portent, elles, à merveille, les années Covid confirmant l’aveuglement de nos politiques publiques. Dès lors, que faire ? Continuer comme si de rien n’était… Se replier dans son jardin ? Voire, délaisser les enjeux nationaux pour privilégier des actions locales de terrain ? Mais est-ce raisonnable de se taire, prétextant que l’on n’a pas été entendu, alors que l’extrême droite est à deux doigts de conquérir l’Élysée ?   

Autour de VIF, notre groupe – principalement constitué de personnes à la retraite (mais pas toutes) – s’interroge, logiquement. D’un côté, l’on peut se dire qu’il faut savoir tourner la page, que 5 ans ce n’est pas rien, que c’est peut-être même suffisant. S’arrêter donc, ou bien trouver une autre forme ? Les défis restent, en tout cas, bien présents, mais ils sont parfois camouflés, servant d’écran de fumée aux véritables enjeux. À l’image de ceux autour de nos dépenses de santé : on va ergoter sur les franchises médicales alors que tous les ans, plus de 5 milliards d’euros sont jetés par la fenêtre pour cause de mauvais usage des médicaments. Et quid de la situation des handicapés ? Ils ont été valorisés comme jamais le temps des Jeux Olympiques, mais les voilà de nouveau oubliés, et les trottoirs toujours aussi peu accueillants pour ceux à la mobilité réduite. 

Au printemps, nous avons lancé l’idée de discuter sur le site de propositions iconoclastes pour tenter de casser le fatalisme ambiant. Et pointer au passage les absurdités que l’on supporte. Répétons-le, il est insupportable que l’on supporte que le moindre rendez-vous en santé mentale pour un adolescent nécessite 5 à 9 mois d’attente. Que faire, donc ? 
Cette rentrée est bizarre, centrée sur l’image d’un homme providentiel ou d’une femme cachant son jeu du mieux qu’elle peut. Or, nous croyons que l’émergence d’un lien de solidarité plus visible, un lien entre vieux et jeunes, entre fous et moins fous, est vitale. Par exemple, les impôts, « magnifique outil du vivre ensemble » selon l’expression d’Étienne Caniard, sont aujourd’hui devenus des outils de punition ou de camouflages. Vital aussi d’expliciter les lobbies en matière de santé, comme en matière de prise en charge de la vieillesse. Vital, enfin, que les politiques publiques ne se limitent pas à des annonces successives, aussi vite énoncées qu’abandonnés par la suite – ce qui aura été, en tout cas, la marque de fabrique de ces cinq dernières années de macronisme.  

À quelques mois d’une élection présidentielle, aussi confuse qu’inquiétante, comment apporter au mieux notre battement d’ailes de papillon ?  

Éric Favereau