
Noiz konturatuko zara azkenean osasun publikorako zein aurrekontu orekatzeko arazo nagusia medikamentuen gehiegizko erabilera zabaldua dela? Oui, peut-être qu’en basque… ou dans une langue encore plus complexe, le message serait mieux reçu. Il est clair qu’en français, il n’a jamais été entendu. « Quand allez-vous enfin vous rendre compte que le principal problème, tant pour la santé publique que pour l’équilibre budgétaire, réside dans la surconsommation généralisée de médicaments ? »
Une dizaine de rapports, vingt ans à marteler qu’en matière de médicaments, le premier problème à régler n’est pas le prix mais la gabegie dans laquelle la France se repaît. Une exception nationale et probablement un motif de fierté ; on ne voit pas d’autre explication. Un peu à la manière des caricatures des milliardaires qui allumaient leurs cigares avec des billets de 500 dollars et calaient les pneus de leur 4 X 4 géant avec des lingots d’or pour les laisser ensuite sur place.
Un scénario qui aurait pu être évité
Oui, ce doit être cela. S’imposer de la rigueur serait reconnaître une faiblesse. Un « quoi qu’il en coûte » pour affirmer que, nous, on peut se permettre de gaspiller, contrairement à nos tristes voisins.
Le déficit ? On ne peut qu’être atterrés par le caractère circulaire des analyses et articles qui se succèdent ; pratiquement un par jour, faisant bien attention à ne pas aborder l’essentiel. Ainsi, le 9 avril, Les Échos s’alarment de « l’équation impossible du budget 2027 » et abordent le crash annoncé de l’Assurance maladie et du remboursement des médicaments.
Un scénario qui aurait pu être évité par un peu plus de vision et de courage politique : en matière d’innovation et de production de produits de santé, l’Europe, en premier lieu la France, s’est laissée enfermer dans la tenaille de la dépendance quasi-totale vis-à vis de l’étranger et d’un système de fixation des prix absolument inique et pervers.
L’Assurance maladie est déjà au taquet alors que nous ne sommes qu’au début, au tout début, du processus de strangulation. Pour beaucoup de maladies, les budgets de prise en charge vont exploser, 10 à 20 fois plus cher que ce qui prévalait il y a seulement dix ans.
Une « équation impossible », certes, mais Les Échos, comme les autres, s’alignent sur la pensée commune, du style « il va falloir faire des choix ; on ne pourra plus continuer à tout financer, à tout rembourser ». Même la présidente du Comité économique des produits de santé entonne le refrain : « Qu’est-ce qu’on est prêts à financer sur l’innovation ? » On voit ce à quoi on nous prépare.
La magie du n’importe quoi
Dans tout cela, pas un mot sur le principal : la gabegie. Avant de résilier son abonnement, sous prétexte que le prix de l’électricité continue sa hausse, on commence par s’assurer que les pièces inoccupées ne sont pas éclairées a giorno, que les radiateurs électriques ne sont pas à fond jour et nuit, fenêtres ouvertes. Une éducation qui n’a pas dû être celle des gestionnaires du budget de l’Assurance maladie, ni des grands sages de la Cour des comptes. On peut pourtant les mettre au défi, en toute quiétude, de contredire l’affirmation suivante : en France, en moyenne, au moins la moitié des médicaments consommés le sont sans justification réelle, hors recommandations ou hors indications. Tant pour les médicaments « matures » que pour les « innovations » coûteuses que l’on dit pourtant particulièrement bien surveillées.
C’est ce que montrent, depuis des années et sans ambiguïté, les données du système national de santé. Qui les regarde vraiment ? On est à plus de 50% de mésusage ou de prescriptions inappropriées pour les psychotropes, les antiulcéreux, les corticoïdes ; à plus de 80% pour des antibiotiques comme les fluoroquinolones, etc., etc. À chaque fois, on retombe, à de très rares exceptions près, sur les mêmes chiffres.
En général, l’esquive politique la plus utilisée consiste à relativiser : « Tout ceci est très exagéré » ou, plus perfide, « Certes, mais dans certains cas bien particuliers et avec des conséquences somme toute négligeables ».
Pour « négligeables », regardons, entre autres exemples, l’anti-androgène du type acétate de cyprotérone (Androcur®). Le dosage à 50 mg a comme seule indication l’hirsutisme féminin grave. En 2018, une étude sur les données du système de santé montrait que 82% des utilisatrices françaises étaient en dehors de cette indication. Du banal en somme… Sauf que la prise prolongée favorise fortement l’apparition de tumeurs cérébrales de type méningiome, parfois multiples : plus de 1 000 cas recensés. À la clef : panique, explorations multiples, indispensables au diagnostic et à la surveillance (comme l’IRM et le scanner), et, dans de nombreux cas, recours à la neurochirurgie, jamais sans risque, arrêts de travail, etc. Au total, en dehors des conséquences humaines et sociales, une facture largement au-dessus de dix millions d’euros, pour cette toute petite niche de prescription qui aurait dû concerner moins de 8 000 personnes devenues 85 000 en 2010 et 55 000 en 2018 par la magie du n’importe quoi.
Une fois ces données rendues publiques, les instaurations de traitement ont chuté de… 94% sans visiblement poser de problème de prise en charge.
À chaque fois, dès que l’on regarde, le constat est le même… Quelle direction, quelle agence ou Haute Autorité aura le courage de chiffrer la facture et de la rendre publique ? Les données pour le faire sont pourtant là.
Alors, avant de parler de pénurie, on pourrait redistribuer les réserves du grenier sans limite des utilisations non justifiées. Avant de justifier par le « dérapage » des prix des mesures inefficaces et inégalitaires, on pourrait piocher dans les milliards de la rente gabegie. Tout le monde s’en trouvera mieux.
Hala ere, ez da hain zaila! En d’autres termes, ce n’est pourtant pas compliqué !
Bernard Bégaud