
Zeno est un beau livre autobiographique de la franco-canadienne Léa Hirschfeld.
Zeno est surtout un lieu dans le Vermont, bâti par Will Halby et sa famille, qui accueille gratuitement une communauté de personnes sans distinction d’âge, de genre ou de handicap, pour des projets artistiques de films et de musique. Le livre Zeno commence comme un roman pour adolescents : Léa découvre une vie de Summer Camp à l’américaine, mais particulière car les « campeurs » valides vivent en binôme avec une personne présentant un handicap mental. La vie à Zeno s’auto-organise en communauté autour du projet de film d’une manière spontanée et inclusive qui évoque la psychothérapie institutionnelle.
Puis, petit à petit par flash-backs et échappées narratives en spirales, on apprend que Léa a un frère aîné, Anton, qu’il a un handicap mental depuis la naissance. On comprend les difficultés que sa famille a traversées et comment Léa en a souffert sans pouvoir l’exprimer. L’année suivante, Léa revient à Zeno avec Anton et elle apprend à mieux le connaître et à accepter ses bizarreries de comportement. Elle apprend à l’aimer de manière fraternelle. Le livre décrit très finement l’amour et la responsabilité qu’elle ressent à son égard, et la complexité du fait de veiller sur lui tout en le laissant libre de vivre sa vie. À la fin du livre, Léa se demande si elle est une « aidante » pour Anton. Connaître cette notion plus tôt dans son enfance l’aurait aidée à accepter la situation familiale, mais elle ne se reconnaît pas vraiment dans ce terme. Pour elle, il s’agit davantage d’aimer quelqu’un de « décalé ».

Le père de Léa et Anton est psychologue et a très tôt analysé les difficultés d’Anton. Leur mère, Mariana Loupan, a consacré sa vie à son fils et a décrit son enfance et son adolescence dans un livre puis un film, Le voyage d’Anton. Anton a très tôt manifesté un goût pour la musique et la peinture que ses parents ont encouragé en l’inscrivant dans des ateliers comme le Centre d’initiation au travail et aux loisirs de Châtillon. Sa créativité et sa passion pour la musique s’expriment dans le rythme de sa peinture et de ses œuvres graphiques. Il est maintenant reconnu comme peintre par le galeriste de référence dans l’Art Brut, Christian Berst, et expose régulièrement.
Léa produit « Décalés », un podcast de conversations intimes autour du handicap mental, physique et psychique. Elle prend le temps de donner une parole précieuse à des personnes et des proches qui vivent avec le handicap.
Agnès Roby-Brami et Geneviève Crespo
Zeno – « Un frère décalé, mon frère tout court. », Léa Hirschfeld, éditions du Seuil (2024)