Je rêve… De pertinence

Dessin de Schwartz

Pourquoi diable la pertinence des soins à l’hôpital comme en ville n’est-elle pas perçue comme une exigence première des politiques publiques et des exigences professionnelles ? 

Dans le champ de la santé, à l’hôpital comme en ville, le système valorise l’acte. La priorité est donnée à la procédure et à la traçabilité plus qu’à la décision clinique elle-même. Pourtant, la pertinence des soins c’est répondre individuellement et collectivement à des questions : « Que peut-on faire ? », « Faut-il le faire ? » ou encore « Si je doute, comment je le partage et le résous ? »… Or, trop souvent à l’hôpital comme en ville, les moments et les lieux d’échanges collectifs pour apprendre à y répondre ne sont plus priorisés. Pourtant, ces temps nécessaires ne sont pas des réunions de plus mais du temps donné pour acquérir une routine de pertinence des soins.  

Les protocoles, les procédures sont nécessaires dans environ 80% des prises en charge. Mais la pertinence, c’est autre chose. Elle suppose d’utiliser le protocole non comme une norme mais comme un repère, une recommandation, comme un guide. Comme le fameux « Sully », pilote qui avait réussi, contre la procédure, un amerrissage d’urgence dans l’Hudson, la pertinence, c’est redonner au jugement « clinique » sa légitimité pleine. La pertinence suppose parfois un délai de réflexion, un échange interprofessionnel, un deuxième avis ou une deuxième lecture. Bref, la pertinence est souvent une histoire de temps, en tout cas ce n’est pas une case cochée. Enfin, la pertinence des soins ne peut se concrétiser qu’en réconciliant expérience et dialogue avec le patient. Être pertinent, c’est s’assurer de ce que le patient comprend réellement, ce qu’il souhaite et ce qu’il redoute, et aussi ce que son environnement rend possible. 

En janvier 2026, alors que les ambitions politiques mais aussi les crises majeures vont fleurir de plus belle, ne faut-il pas simplement rappeler que pour les politiques de santé, il est préférable de mesurer autrement ce qui compte vraiment ? On sait compter les actes, mais fort mal leur utilité réelle. Il est souhaitable de partager et transmettre aux jeunes professionnels la pratique de la pertinence comme maturité professionnelle. Enfin, alors que le « temps » est une denrée trop rare à l’hôpital, il est tout simplement souhaitable de faire renaître et légitimer ces réunions où se « butine » l’intelligence clinique de l’exercice de chacun en équipe. 

François Aubart