Je rêve… De 50 milliards

Dimanche 4 janvier, 22h17

Au milieu de Kingdom of Heaven, évidemment pile au moment de l’attaque de Jérusalem par les troupes de Saladin, le téléphone… L’année commence bien !! Cela insiste. Le cabinet du président de la République. Surréaliste ! Un long prolégomène, ma fois habile et très flatteur ; puis, en substance : « Le Président va annoncer que la santé publique sera la grande cause de ses deux dernières années de mandat. Lecteur assidu de VIF, il souhaite s’appuyer sur le groupe pour piloter le programme que devront appliquer, quoiqu’il en coûte, la ministre et les grands organismes. »

Mardi 6 janvier, réunion spéciale du groupe VIF

Mercredi 7 au matin, les cinq pages de synthèse sont transmises au conseiller. Le résumé annonce la couleur : le service rendu comparé à la part du PIB dépensée pour la santé (l’une des plus fortes d’Europe) s’est fortement dégradé au cours des six dernières années. Le déficit se creuse tandis que les principaux indicateurs virent à l’orange ou au rouge. La plupart des mesures de redressement proposées, sans analyse ou réflexion globale préalable, ont toutes les chances d’être soit inefficaces, soit d’induire des effets délétères. Il faut avoir le courage de repenser le tout en définissant des priorités basées sur une analyse du terrain. Arrêter de suivre l’offre pour partir des besoins.

Les données disponibles et fiables l’attestent : au moins 20% des actes pratiqués sont inutiles et la moitié des prescriptions médicamenteuses ne sont pas justifiées. Même en corrigeant cela très partiellement, cela dégage une marge d’au moins 50 milliards d’euros pour commencer à bâtir de vrais programmes en concertation avec les professionnels de santé. Oser investir dans la prévention chaque fois que l’on est quasi-certain que l’on récupérera plusieurs fois la mise. Ne plus voir de tels investissements comme une dépense mais comme une épargne. L’innovation, la vraie, c’est cela, celle dont les effets et l’efficience se mesurent par des indicateurs de santé publique…

Dans la réunion qui suit, ce ne sont que sourires, applaudissements, remerciements.
« Vous dites 50 milliards ?
Au moins.
Mais c’est fantastique !
C’est du simple bon sens. Dans tous les secteurs, sauf en santé, on gère comme cela : on regarde les moyens dont on dispose puis on définit ce qui est le plus urgent et, enfin, on s’assure que l’investissement est bien rentabilisé.
C’est simple en effet. En fait, c’est l’inverse de ce que l’on fait depuis des années. Vraiment super ! Je vous garantis que l’on va foncer et que les français vont voir la différence. »

Plouf, je me réveille en sursaut, j’ai marché sur la télécommande, les piles sont éparpillées sur le sol. Décidément, Ridley Scott ne me vaut rien.

Le lendemain, un nouveau train de mesures est annoncé. Parmi elles, le fait que dorénavant, une  branche sur deux de lunettes sera prise en charge par la Sécurité sociale.

Bernard Bégaud