Dis miroir, entends-tu la science ?

Lors de la future campagne présidentielle, peut-on craindre un éventuel risque ou danger pour la démocratie de ces dites politiques qui, sous couvert sanitaire, seraient, de fait, porteuses d’exclusion, de stigmatisation, voire de haine, mais aussi d’absurdités financières ?

La tâche n’est pas simple, car comme le fait régulièrement remarquer notre ami le professeur André Grimaldi, les partis politiques se caractérisent par leur absence de politiques (ou d’idées ou de programmes) sur le sujet, la plupart se contentant de grandes déclarations contre les déserts médicaux, la médecine à deux vitesses, la lutte contre les grands fléaux sanitaires, l’équilibre des comptes, etc. Sans oublier le cas particulier que nous avons vécu, à savoir celui de la politique menée depuis dix ans par les gouvernements d’Emmanuel Macron qui a été marquée par une foule d’annonces suivies de non-effets, fragilisant un peu plus la confiance que l’on pouvait avoir vis-à-vis de nos gouvernants.

Il n’empêche, tout n’est pas identique. Et le risque d’une prise de pouvoir de l’extrême droite nous conduit à tenter d’aller plus loin dans la lecture des éventuels programmes. Mais comment les lire ? Comment rendre visibles les véritables prétextes qui se cachent derrière telle ou telle proposition et les risques qu’elle comporte ? Pour cela, nous faisons le choix de mettre en avant deux principes généraux qui permettraient – nous l’espérons – de rendre plus apparentes les raisons de telle ou telle mesure.

Le premier est autour de la notion de santé publique. Toute politique de santé publique révèle, en effet, une prise de position sur nos liens sociaux, sur la solidarité entre nous tous, sur la place de notre loi commune. Est-on dans l’univers d’un chacun pour soi ? Mais aussi, qu’en est-il de la lutte contre les inégalités de santé qui sont intrinsèquement liées aux inégalités sociales, de genre aussi, d’origine enfin ? Cela nous renvoie aux accointances entre populisme et refus de toute politique de santé publique dans laquelle toute décision de l’État est perçue comme bureaucratique et étouffante, l’individu-roi étant libre de prendre et d’assumer les choix qu’il entend, fumer ou boire comme il l’entend, conduire ou pas sans limitation de vitesse et sans ceinture de sécurité. Les politiques de santé publique sont, en tout état de cause, révélatrices du degré de confiance entre les citoyens et leurs gouvernants.

Quand un druide prend la science en otage …

Deuxième axe, l’utilisation de la science et de ses données. Il y a aujourd’hui une dérive, là encore fatale, qui voudrait qu’une donnée scientifique soit une opinion comme une autre ; on est en somme pour ou contre, il n’y a pas de certitude, et chacun fait son marché dans son flux d’opinions qui se valent toutes. C’est le monde des fake news, des prises de position péremptoires, du doute permanent, un univers où l’on met sur la même balance une preuve scientifique et une interrogation, un choix politique et une démonstration rationnelle. La science étant ravalée à un argument comme un autre.

Nous allons prendre quelques sujets que l’on va tenter de disséquer à l’aune de ces deux repères. Par exemple, l’Aide médicale d’État, dispositif qui accorde des soins aux personnes sans papier résidant en France : comment s’expliquent les positions des uns et des autres ?Autre volet, la décision de bon sens de limiter à 80 km/heure la vitesse sur les routes, décision prise en 2018 par Édouard Philippe. Et voilà que, récemment, celui-ci a affirmé que c’était, rétrospectivement, la plus mauvaise décision qu’il ait prise comme Premier ministre. Que comprendre ?

Changeons de domaine : quid du retour du traitement hormonal pour réduire les effets de la ménopause ? Est-ce un choix scientifique, ou la concession à une mode, voire le résultat d’un lobbying très habilement mené ?
Question subsidiaire : la science suffit-elle pour justifier une décision sanitaire ? Enfin, comment se fait-il que l’on dépense depuis des années des milliards pour booster les recherches sur les neurosciences et qu’au final, cela n’apporte rien aux malades ?

Et on continue… Cherchons l’erreur, les risques et les dangers… C’est un peu le but de cette livraison de VIF.

Éric Favereau