Revue de presse : « Une médecine libérale sans cap partagé »

La grève des médecins de ville qui vient de s’achever n’a pas rencontré un fort écho. Il est vrai qu’il était difficile d’en comprendre les revendications, tant elles étaient disparates.

Pour décrypter ces tensions et cette confusion, l’économiste Brigitte Dormont, dans un entretien à Libération, s’appuie sur le paradoxe de la médecine libérale en France. « Notre Assurance-maladie instaure une solidarité pour garantir un accès universel aux soins en fonction des besoins, sans obstacles financiers. Cette solidarité n’est effective que si un certain nombre de contraintes sont imposées aux médecins : limite des dépassements d’honoraires, permanence des soins pour une prise en charge à tout moment, régulation de l’installation pour faire reculer les déserts médicaux, maîtrise de la pertinence des soins pour éviter les actes inutiles coûteux à la collectivité. Mais on touche ici à trois piliers de la charte de la médecine libérale formalisée en 1927 : la liberté d’installation, la liberté de prescription et la libre fixation du prix de la consultation. Dans l’absolu, il n’est pas possible de concilier ces libertés et les objectifs d’un système solidaire. »

Non sans pertinence, Bruno Sauteron, médecin généraliste, lui répond dans le blog d’André Grimaldi : « L’analyse de Brigitte Dormont est cohérente sur le plan macro-économique, mais elle me semble incomplète sur le plan clinique et organisationnel.
Oui, un système solidaire implique des règles et des contraintes. Mais réduire la mobilisation actuelle des médecins libéraux à un refus d’accepter ces contraintes me paraît passer à côté du cœur du problème : la dégradation du sens du travail médical et la perte de confiance dans la gouvernance du système de santé.
Les médecins de ville ne contestent pas le principe de solidarité. Ils constatent que celle-ci repose de plus en plus sur eux, par empilement de normes, de contrôles et d’injonctions, sans contrepartie organisationnelle réelle, sans vision territoriale stabilisée, et souvent sans dialogue effectif.
La question n’est donc pas celle de la contrainte en soi, mais de la contrainte sans cap partagé, sans reconnaissance du travail réel, et sans responsabilité équitable de l’ensemble des acteurs du système, qu’il s’agisse de l’État, de l’hôpital, des cliniques financiarisées ou des industriels.
À force de piloter le système par le budget et les données, on oublie que la solidarité ne tient pas seulement par la règle, mais par l’adhésion de ceux qui la font vivre au quotidien. »

Et s’il avait raison ? Par ces temps d’hiver, les médecins comme le reste de la population ont du mal à percevoir le moindre projet…

VIF