
On le sait, la pédopsychiatrie traverse une situation dramatique depuis plusieurs années : file d’attente importante pour une consultation, pénurie de professionnels soignants, insuffisances de lieux d’accueil pour les enfants et adolescents et leurs parents, capacité hospitalière déficitaire, etc. Tel est le lourd point de départ. Et voilà donc que, dans ce panorama assombri, la Haute Autorité de santé ne trouve rien de plus urgent que de lancer des anathèmes sur la prise en charge des troubles du spectre autistique, et de publier ainsi des recommandations visant à exclure toute pratique de psychothérapie, en s’appuyant, dit-elle, sur des études scientifiques.
Étonnante priorité. On pourrait s’étonner de cette recherche à tout prix d’un bouc émissaire face à ce qui est d’abord un profond désarroi, mais essayons de comprendre ce qui se dit. On l’entend, l’argument d’exclusion de la psychanalyse qu’invoquent souvent certaines associations de parents s’appuie sur la culpabilisation des familles. Ce reproche maintes fois décrit de la culpabilisation des parents par la psychanalyse ne vient-il pas masquer la culpabilité qui peut saisir tout parent face aux difficultés psychiques et d’adaptation incompréhensives de son enfant ? Bien évidemment, des pédopsychiatres, des psychiatres peuvent être parfois maladroits, péremptoires dans leurs tentatives d’explication, d’information, d’interprétation.
Cependant, la psychanalyse est une des sources d’inspiration pour des pratiques multiples pluridisciplinaires qui visent toutes à une reconstitution de l’histoire de l’enfant dans sa position de sujet en devenir. L’importance d’un diagnostic ne doit pas viser à figer un enfant (ni un adulte) dans un statut définitif, oubliant sa construction, son devenir et son évolution dans son rapport à l’autre. Dans la diversité des pratiques de soins associant rééducation, techniques de groupe, psychomotricité, orthophonie, dans le cadre d’une institution, l’apport non-exclusif de la psychanalyse aide « à une attention particulière aux aléas qui peuvent troubler la vie intime des différents intervenants lorsqu’ils se trouvent confrontés aux tourments et aux troubles des conduites de l’enfant en grande difficulté psychique. Ces aléas – une fascination, une identification compassionnelle excessive ou au contraire un rejet – peuvent être à l’origine de maltraitances des enfants et de dysfonctionnements du travail d’équipe. D’où l’intérêt de lieux d’analyse de la pratique souvent confiés à des psychanalystes où ils peuvent être élaborés et contrôlés », comme l’explique judicieusement Jacques Hochmann.
Enfin, ne serait-il pas utile de s’interroger sur ce que devraient apporter les recommandations de la Haute Autorité de santé afin d’éviter les oukases qui mettent à mal les professionnels du soin, les institutions et des familles ? S’il s’agit de décider d’exclure, d’interdire des références théoriques et thérapeutiques, ne faudrait-il pas les justifier précisément par les nuisances, les dangers qu’elles peuvent entraîner ? Dans ces cas-là, la diversité des experts amenés à avancer de telles propositions devrait s’appuyer sur des praticiens représentatifs des différentes pratiques examinées avec des associations d’usagers dans leur diversité, afin que les conclusions soient débattues le plus démocratiquement possible. Ceci aussi afin de ne pas entraver le choix des usagers et la liberté de prescription des praticiens.
Paul Machto