Médicaments : merci Donald…

Les médicaments selon Disney

Si les autorisations de commercialisation des nouveaux médicaments sont de plus en plus centralisées, la fixation de leur prix reste la prérogative des organismes d’assurance maladie, nationaux (France), régionaux (plusieurs pays européens) ou privés (États-Unis). Sans être vraiment opaque, la transparence n’est pas vraiment de mise : un prix affiché dénommé « facial » qui n’a souvent rien à voir avec le prix réel négocié par un jeu de remises, d’arrangements qu’il vaut mieux ne pas connaître, « d’accord pour ce prix mais à condition que… ». Au final : de grosses disparités entre pays, avec des médicaments nettement plus chers aux États-Unis qui, pour une nouvelle molécule, représentent la moitié du profit mondial de la première année.
Une situation qui ne plaît, donc, ni aux géants de la pharma qui aligneraient bien les prix européens sur ceux des USA, ni au président Donald Trump, qui vend l’idée que les prix démesurés payés par les Américains financent la santé européenne. Ce n’est pas entièrement faux, à condition d’oublier le principal : les médicaments présentés comme innovants sont, de toute façon, beaucoup trop chers, y compris en Europe.

De la négociation à l’imposition

Le système de fixation des prix, devenu fou aux mains des actionnaires, est passé du stade de la négociation à celui de l’imposition avec un principe simple : si vous êtes un petit marché (la France = 1% du marché mondial) et que vous n’acceptez pas le prix demandé, vous vous passerez du produit. Comme tout est bien préparé en amont, cela devient vite intenable avec les montées au créneau des associations de malades, des experts influenceurs et de médias relais. D’autant plus que la ligne politique, soumise à la loi de l’offre, est faible ou inexistante ; de plus, non concertée entre États européens. Il ne reste donc qu’à plier, ce qui nous amène tout droit vers une augmentation massive du prix des thérapeutiques dites « innovantes » qui nous arrivent presque toutes des États-Unis et bientôt de la Chine.

La présidente du Comité économique des produits de santé (CEPS) qui fixe les prix français, Virginie Beaumeunier, s’y montre opposée (Les Échos, 27 janvier) : « Pas de hausse des prix en réaction à la politique de Donald Trump» Espoir douché un peu plus loin : « Cependant, nous avons prévu de revoir les règles de fixation des prix avec les laboratoires […] d’éventuellement accorder des prix plus élevés à l’entrée sur le marché », etc. Problème, la France, avec 11,4% de son PIB consacré à la santé, est déjà dans le peloton de tête des pays de l’OCDE, avec en plus un trou, de l’assurance maladie déjà à 20 milliards. Que faire ? Eh bien, il n’y a qu’à dérembourser ce qui n’est plus source de profit spéculatif. La présidente d’Astra Zeneca France, Anne-Laure Dreno, résume bien la pensée commune des grands groupes (L’Usine Nouvelle, 3 février) : « La question est de savoir ce qu’on choisit de rembourser et de ne pas rembourser. Il faut poser la question du déremboursement de certains médicaments. »

Des innovations souvent sans progrès

C’est oublier un peu vite que le ménage a déjà été fait pour les médicaments sans grand intérêt thérapeutique. Il faudrait donc s’attaquer au dur, à ceux qui restent des médicaments essentiels, peu coûteux et, pour certains, encore fabriqués sur le territoire, s’attaquer à ceux qui constituent les traitements de première ligne pour plus de 80% des maladies, y compris les plus graves ; ceci, pour faire la place à des innovations, parfois fantastiques mais le plus souvent sans progrès à la hauteur du coût. Pour les anticoagulants sanguins par exemple, le coût annuel du traitement a été multiplié par 100 en deux étapes d’innovation.

Où est la réflexion face à un choix aussi grave qui touche aux principes de solidarité et d’équité ? Qui définit des priorités de santé et fixe en fonction des enveloppes budgétaires tenables ? La réponse est connue, mais on peut se demander si cette fuite en avant, bientôt intenable et menant le système à sa perte, ne va pas réussir ce que trente ans de rapports alarmistes n’ont pas réussi à faire : forcer les politiques à revenir aux fondamentaux de l’efficience en santé.

Bernard Bégaud