
Des mairies pour mieux se soigner… Cest à la mode de dire et de répéter qu’aiguillonnés par leurs administrés, les maires sont obsédés par les questions de santé. Le critère de proximité s’étant installé au cœur de toute politique publique, les villes se sentent en première ligne. On se tournerait vers elles, faute peut-être d’attendre quelque chose du pouvoir central (ou parisien), en particulier sur la question des déserts médicaux.
Ce que confirme l’enquête « Connaissances et attentes des Français sur les compétences des maires en matière de santé », publiée en novembre dernier par France Assos Santé : les sondés identifient clairement les responsabilités de leurs élus locaux – garantir l’hygiène et la sécurité sanitaire, créer un environnement favorable à la santé et faciliter l’accès aux soins. La priorité numéro 1 vis-à-vis de leur prochain maire est clairement affichée, c’est la santé : « Ils sont 70% à la mettre tête de leurs préoccupations et cela, quelles que soient la région et la taille de l’agglomération. »
Vœu pieux ? Y a-t-il des leviers ? Des exemples ? Les mairies servent-elles vraiment à quelque chose en matière sanitaire ? Avant un débat public le 10 mars, nous allons publier une série d’articles sur cette question. Et pour commencer, attardons-nous sur France Assos Santé qui rassemble un grand nombre d’associations de malades ou d’usagers et qui vient de rendre public un ensemble de pistes à mettre en avant pour ces municipales. Si l’on peut s’étonner qu’il n’y ait rien sur la santé mentale, en voici quelques-unes dont, bien sûr, la question centrale de l’accès aux soins, mais aussi le numérique et les téléconsultations.
Le débat est ouvert…

Garantir l’accès de tous aux services numériques de santé
« La dématérialisation croissante des démarches liées à la santé transforme profondément l’accès aux droits et aux soins. En France, quelque 16 millions de personnes sont éloignées du numérique. Personnes âgées, mais jeunes aussi, malades chroniques, personnes en situation de handicap ou de précarité, habitants de territoires ruraux mal connectés, personnes maîtrisant peu la langue française, etc., autant de populations qui peuvent être confrontées à de graves conséquences : renoncer à des soins faute de pouvoir prendre un rendez-vous en ligne, perdre leurs droits ou subir des retards de remboursement faute de pouvoir effectuer une démarche de renouvellement dématérialisée. Il y a également celles et ceux qui, ne pouvant activer leur compte « Mon espace santé », passent à côté d’outils de coordination des soins et de prévention.
Pour garantir l’accès de tous aux services numériques de santé, les maires disposent de plusieurs leviers : maintenir une offre d’accueil physique et téléphonique pour éviter que la dématérialisation ne remplace totalement les guichets de proximité – mairies, centres communaux d’action sociale ou maisons de santé peuvent ainsi continuer d’accompagner les habitants dans leurs démarches –, ou soutenir des actions de médiation numérique, dédiées aux démarches de santé – ateliers pour apprendre à naviguer sur les plateformes de santé en ligne, permanences individuelles, etc.
Les médiateurs numériques, les bénévoles d’associations ou les professionnels de santé eux-mêmes peuvent également être mobilisés et formés à ces enjeux. »
Développer « l’aller vers » via des téléconsultations coordonnées avec les acteurs du territoire
« La télémédecine s’est développée de manière exponentielle depuis la pandémie du Covid, mais elle bénéficie surtout aux publics déjà avertis et favorisés, alors que les publics vivant dans des déserts médicaux, en situation de précarité ou éloignés du numérique, restent souvent exclus. Les initiatives prises pour leur permettre d’accéder à un médecin passent trop souvent par l’installation de cabines de téléconsultation isolées, coûteuses et peu fréquentées. Ces dispositifs, déployés sans concertation avec les acteurs de santé locaux, ne garantissent ni un suivi médical continu, ni une orientation adaptée dans le parcours de soins.
Pour remédier à ces insuffisances, la télémédecine doit être ancrée dans une logique territoriale coordonnée. Les maires peuvent y contribuer de maintes façons, en soutenant les projets co-construits avec les Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), les maisons de santé ou les hôpitaux de proximité, et en favorisant la téléconsultation assistée, dans des lieux équipés et avec un accompagnement humain. Ils peuvent aussi conditionner tout projet de télémédecine sur leur territoire à des critères d’intérêt général : accessibilité, continuité et coordination des soins, formation des professionnels, respect du libre choix des patients et inclusion numérique. »
VIF