La carte du Vigneron

Chaque mois des cartes, des graphiques, des tableaux, tous inédits, résultats d’études nouvelles. De quoi nourrir nos réflexions en les appuyant sur des faits établis.

L’aggravation des inégalités ville-campagne en matière de santé


1990-2020, trente ans d’évolution de l’espérance de vie des hommes à la naissance

Une triste réalité

Les faits sont au-delà de toute attente. On pourrait dire qu’ils sont caricaturaux s’ils ne faisaient pas que mettre en évidence une triste réalité.

Le décrochage du monde rural

Rien ne permet de préjuger de tels résultats. Le plus surprenant est la régularité extrême du lien entre types de départements et espérance de vie. Il existe un gradient négatif incontestable de l’hyperurbain à l’hyperrural (l’espérance de vie décroît en s’éloignant de l’hyperurbain, ndlr), ce qui ne signifie pas que l’hyperurbain ne recèle pas aussi des poches de pauvreté au cœur des centres urbains paupérisés ou dans les couronnes discontinues que forment les banlieues défavorisées autour des grandes villes.

Les écarts s’aggravent

La troisième observation est également à l’envers de tout ce que l’on a cru de la marche continue du progrès et de la confiance accordée à la civilisation technique qui s’avère incapable d’apporter le bonheur promis. Les écarts d’espérance de vie s’aggravent au cours des trente dernières années entre départements ruraux et départements urbains, et particulièrement depuis 2004, 2005. Ceci se voit très bien sur le graphique : les courbes divergent de plus en plus au fur et à mesure que le temps passe. Quand bien même tous progressent, ce qui masque sans doute aux yeux de beaucoup la réalité et l’ampleur de cette divergence qui s’aggrave, les faits sont là. Le progrès ne profite pas également à tous. Cette évolution est lourde de menace sur la cohésion territoriale et l’attachement à la République.

Le retard des DROM

La quatrième observation est, hélas, plus attendue car elle porte sur une question ancienne et de fait négligée par beaucoup : c’est celle du retard des départements et régions d’outre-mer (DROM) en matière de santé. Ici, la menace sur la cohésion territoriale et l’attachement à la République s’aggrave de celle de l’attachement de ces restes de l’époque coloniale à la France. Dans les deux cas, il est urgent d’agir.

L’espérance de vie du moment. L’espérance de vie est une notion assez abstraite dont le nom, qui date du XVIIIe siècle, peut induire en erreur. Il n’est donc pas inutile de dire ce qu’elle n’est pas. Étudiant la mortalité de 1990 à 2020, l’espérance de vie que nous calculons ici est nécessairement l’espérance de vie du moment. L’espérance de vie du moment représente la durée de vie moyenne qu’il resterait à vivre à un âge quelconque – pour un individu d’une génération fictive qui serait soumise à chaque âge aux conditions de mortalité par âge de la population étudiée au cours d’une période donnée, le plus souvent d’un an. L’espérance de vie caractérise donc la mortalité indépendamment de la structure par âge. L’espérance de vie à la naissance, la plus couramment employée, n’est qu’un cas particulier de l’espérance de vie à l’âge x, qui représente le nombre moyen d’années restant à vivre au-delà de cet âge x (ou durée de survie moyenne à l’âge x), toujours dans les conditions de mortalité par âge de l’année considérée. En maniant l’espérance de vie, nous ne comparons donc pas des individus qui n’ont pas achevé leur vie mais nous résumons par un chiffre une loi de probabilité de mortalité et, par ce moyen, nous comparons des risques de mourir telle année, dans tel ou tel territoire ou telle ou telle population, en neutralisant l’effet des variations de structure par âge des différentes populations comparées.

La typologie des départements. Aussi surprenant que cela puisse paraître, on ne dispose pas d’une typologie incontestable des départements français qui permettrait de les ranger sur une échelle allant du plus rural au plus urbain ou même simplement de reconnaître deux grands types de départements : des départements urbains d’une part, et des départements ruraux d’autre part. J’ai construit ma propre typologie des départements à partir de la nouvelle « grille de densité communale » mise au point par l’Insee et Eurostat, le service statistique de la communauté européenne, en y introduisant des nuances en fonction des proportions des différents types de paysage présents dans l’ensemble des communes de chacun des départements et en distinguant les départements d’outre-mer.