
Un programme pour notre système de santé ? Allons donc, ne rêvons pas trop !
Pour 2027, notre idée est de formuler des recommandations, choquantes mais utiles, et de mettre les pieds dans des blocages.
VIF est un medium dit « sérieux », ne relayant que des informations fiables, ne soutenant que des mesures crédibles. Aussi, ne visons pas le possible (baisser la consommation de moitié) mais le faisable : un tiers.
En passant, ce serait près de 11 milliards d’euros économisés chaque année. Bien plus que l’ensemble des mesures, souvent socialement injustes, prises ces dernières années pour tenter de contenir le dérapage des dépenses santé alors que l’on se garde bien de toucher aux causes.
« Baisser d’un tiers ??? N’importe quoi !! » Réponse probable des hauts esprits, du moins ceux qui voient, puisqu’ils en sont les pilotes, notre système de santé comme un compromis parfait. Un savant équilibre, idéalement dosé, entre souhaits et principe de réalité. Un dosage intouchable qui n’est mis en péril que par l’irresponsabilité de ses usagers.
On finirait par y croire. La fatalité du « trou de la Sécu », le bien-fondé des mesures, qui détricotent la couverture, prises le cœur serré « pour sauver ce trésor national qu’est l’Assurance maladie ». Tant de chiffres culpabilisants : ceux de la « fraude à la Sécu », des arrêts de travail abusifs, de l’Aide médicale d’État, des soins remboursés à tort aux diabétiques, etc.
En psychologie cognitive, cela se nomme « cécité attentionnelle » : on traque les dépenses indues dans les recoins le plus cachés en passant à côté de l’énorme. La gabegie, directe et indirecte, liée au mésusage des médicaments fanfaronne au moins dix fois au-dessus mais on s’occupera de ça plus tard. Cela dure depuis plus de vingt ans.
Aucune excuse car, contrairement aux « abus » listés dans ces médiatiques plans de redressement, lutter contre le mésusage des médicaments n’enlèverait rien à personne. Au contraire : un médicament consommé sans justification n’apporte, par définition, aucun bénéfice pour la santé ou le bien-être, mais conserve cependant son risque d’effets indésirables.
Pour qui accepte de les regarder, le scepticisme se dissout aisément dans les chiffres. Disponibles et presque tous convergents. Ils attestent que, sur le plan de la prescription et de la consommation médicamenteuse, la situation de la France rime avec « n’importe quoi » : traitements non médicalement justifiés, non réévalués, trop longs, trop courts, ne respectant pas les recommandations, les contre-indications, etc.
Quand ce constat est rappelé, la parade se résume habituellement en un : « Peut-être, mais c’est partout pareil ». La bonne conscience de l’inaction. Un rien misérable et parfaitement fallacieux.
Parmi ces records dignes du Guiness que collectionne la France :
– Le paracétamol (Doliprane®, Efferalgan®) : 663 millions de boîtes remboursées chaque année ; plus, évidemment, celles achetées sans ordonnance. Un record mondial avec, en moyenne, plus d’une boite consommée par mois et par Français, tous âges confondus !! Qui dit mieux ? La France est vraiment un pays qui souffre.
– Les benzodiazépines (indiquées dans l’anxiété et les troubles du sommeil) : consommation double de la moyenne européenne, quatre fois celle de l’Angleterre, pays dont les habitants doivent être particulièrement calmes et sereins.
– Les antiulcéreux de la classe des inhibiteurs de la pompe à proton (IPP) : 15 millions de Français s’en sont vu prescrire en 2025, soit un adulte sur quatre !! Décidément, les Français vont bien mal.
– Tout aussi fort : 142 millions de boîtes d’antibiotiques consommées chaque année (plus de deux par Français !) avec, en conséquence, le record, détenu avec la Grèce, des souches bactériennes multirésistantes et des morts et complications graves par infections nosocomiales.
– Les corticoïdes (ce que l’on appelait « la cortisone »), presque deux fois plus prescrits qu’en Italie ou en Espagne et trois fois plus qu’en Angleterre, qui juge pourtant sa consommation, anormalement élevée, problématique. Pire, leur utilisation chez l’enfant (loin d’être sans risque sur le développement, y compris à long terme) est 5 fois plus élevée qu’aux États-Unis, 33 fois plus qu’aux Pays-Bas et… 110 fois plus qu’au Danemark. Nos enfants sont aussi visiblement beaucoup, beaucoup plus malades qu’ailleurs. Une folie morbide sans aucune justification dont personne ne parle et dont il ne vaut mieux pas regarder les conséquences.
– Plus de 1 000 cas de tumeurs du cerveau (méningiomes) attribuables à des progestatifs prescrits à des femmes en dehors des indications et des recommandations dans… 82% des cas.
On pourrait continuer ainsi longtemps.

L’important serait surtout de comprendre pourquoi rien de sérieux n’a jamais été entrepris à ce sujet. Malgré des conséquences, en dehors d’économiques, énormes sur le plan de la santé individuelle et collective. Que ce soit par incurie, négligence, incompétence ou connivence, il y a là mise en danger coupable de la population, une liste effrayante (quantifiée elle aussi) d’hospitalisations et de décès par effets indésirables injustifiables ou conséquences indirectes de cette gabegie (comme les infections nosocomiales). Un fardeau plus lourd que les accidents de la route et bien d’autres fléaux.
Dans un pays si prompt à proposer des « grandes causes » qui a, de plus, inscrit le principe de précaution dans sa constitution… rien, à part des faux-nez, n’a été fait depuis vingt ans.
Pour 2027, en désespoir, il ne reste qu’à voter, parmi les 67 candidats en lice, pour celle ou celui qui inscrira cette priorité de santé publique dans son programme. Nous en faisons le serment ! En espérant qu’en tenant parole, ce ne sera pas le pire choix qui nous sera ainsi imposé…
Bernard Bégaud