1 – Obliger les CMP à donner des rendez-vous

Qu’on en finisse

Et si on obligeait les centres médico-psychologiques (CMP) à donner des rendez-vous ?
Les CMP constituent la principale porte d’entrée de la psychiatrie publique. Gratuits, sectorisés, pluridisciplinaires, ils sont essentiels dans l’accès aux soins. Mais voilà, en pratique, obtenir un rendez-vous dans certains CMP relève parfois de l’impossible. « Mais si c’est urgent, allez aux urgences. »

Les CMP accueillent une population croissante : adolescents en souffrance, adultes isolés, troubles anxieux, dépressions, psychoses, précarité sociale, burn-out, détresse familiale… Bref, les fragilités du monde d’aujourd’hui. Les CMP tentent de tenir avec des équipes souvent épuisées, des professionnels rares et des budgets chroniquement insuffisants. Résultat : la file d’attente laisse trop souvent la personne en déshérence.

Un paradoxe insupportable 

Plus la santé mentale devient une priorité nationale, plus l’accès concret aux structures publiques devient compliqué, aléatoire voire impossible. D’où cette proposition provocante, mais finalement assez simple : et si l’on obligeait les CM… à fixer un rendez-vous ? Évidemment, pas un rendez-vous avec un (pédo) psychiatre dans les 48 heures. Mais au moins un premier contact programmé, une date, une orientation, une évaluation, un échange identifiable, dans les 48 heures par exemple. À la place d’un « On vous rappellera », on répondra « Nous vous avons entendu. Voici quand et comment nous allons commencer quelque chose ».
Certains fonctionnent déjà pourtant avec une organisation nouvelle. Des CMP mettent en place des accueils infirmiers obtenus rapidement, des consultations d’évaluation sous quelques jours, des permanences sans rendez-vous. Cela ne résout pas tout, mais cela évite cette sensation d’abandon qui aggrave la souffrance psychique elle-même.
L’idée est simple : plutôt que d’attendre plusieurs mois un premier rendez-vous médical, le patient est reçu rapidement par un infirmier spécialisé qui évalue la situation, le degré d’urgence, les besoins et les orientations possibles.

Quelques équipes ont mis en place ce modèle pour obtenir un premier contact en quelques jours. Dans certains secteurs, des équipes permanentes d’accueil regroupant deux ou trois infirmiers de secteurs, une secrétaire, voire parfois un.e psychologue « d’astreinte », sont mise en place. Ces initiatives doivent être généralisées dans tous les secteurs et intersecteurs de psychiatrie infanto-juvénile.
Les CMP se retrouvent en première ligne, avec des moyens souvent calibrés pour la France de 1998. Alors certes, l’idée « d’obliger les CMP à donner un rendez-vous » est volontairement provocante mais peut être utile pour débloquer le débat.
À la veille d’une essentielle campagne présidentielle, l’accès minimal pour répondre à une rupture psychique ne devrait-il pas devenir un droit opposable ? Autrement dit, substituer une rencontre professionnelle liminaire à une attente puis une disparition dans une file d’attente.

Et puis, pourquoi limiter cette ambition – passer d’une logique de moyens à une logique d’accès réel – aux CMP ?
Car le phénomène de file d’attente déborde désormais largement les CMP. Il s’étend aux fameux « déserts », aux généralistes, nombreux spécialistes et autres. L’accès théorique aux soins pour tous demeure affiché, mais l’accès pratique devient progressivement aléatoire.
En France, on peut simultanément affirmer « les soins sont accessibles à tous » et entendre « Désolé, nous ne prenons plus de nouveaux patients ». Même l’hôpital public, longtemps symbole du recours universel, semble parfois fonctionner selon une logique de saturation permanente dite « à flux tendu ». Alors faut-il, comme pour les CMP, « obliger » à donner un rendez-vous aux demandes de consultations hospitalières ? Car plus une personne est fragile, âgée, anxieuse ou précaire, moins elle dispose de l’énergie administrative nécessaire pour accéder aux soins. Bref, obliger à orienter vers un interlocuteur fiable, dans un délai adapté ?

François Aubart et Paul Machto