La santé participative, une belle idée en danger

En 1978, l’Organisation mondiale de la santé réunit à Alma-Ata une Conférence sur les soins de santé primaire, qui aboutit une déclaration où se trouve cette phrase : « Tout être humain a le droit et le devoir de participer individuellement et collectivement à la planification et à la mise en œuvre des soins de santé qui lui sont destinés. »

C’est à partir de ce principe fort qu’est définie la santé participative, « processus par lequel les membres d’une collectivité, géographique ou sociale, conscients de leur appartenance à un même groupe, réfléchissent en commun sur les problèmes de leur santé, expriment leurs besoins prioritaires et participent activement à la mise en place, au déroulement et à l’évaluation des activités les plus aptes à répondre à ces priorités ».

Comment passer de la définition à la pratique ? Par la mise en place d’un modèle coopératif de soins dans lequel patients, proches et professionnels participent activement et collaborent comme partenaires. Les interventions doivent couvrir le champ médical mais aussi psychologique et social.

L’expérimentation française

En France cette approche fait l’objet d’une expérimentation à partir de 2021-2022 avezc la mise en place, de 26 Structures d’exercice coordonné participatives (SECPa). Les SECPa sont des structures de soins de premier recours pluriprofessionnelles, implantées en quartiers de la politique de la Ville, territoires marqués par des inégalités en santé et des taux de pauvreté importants. L’objectif est de rendre les personnes qui en ont le plus besoin actrices de leur santé.
Selon le document ministériel, cela implique quatre critères d’organisation :
Un exercice de proximité (démarches d’aller vers, médiation en santé) ;
Un accueil spécifiquement adapté aux personnes vulnérables ;
Un accompagnement global pluriprofessionnel (soutien psychologique, interprétariat, accompagnement social, action de prévention éducation, promotion de la santé, etc.) ;
La participation des usagers (recueil de la parole, co-construction du projet).

Les professionnels participants s’engagent à se former à la démarche participative communautaire, à se coordonner pour travailler en réseau et à évaluer l’effectivité des actions mises en place. La plupart des 26 centres de santé ou maisons de santé pluriprofessionnelles retenus (dont La fabrique de santé à Aubervilliers) avaient déjà ces objectifs mais dépendaient souvent du bénévolat.

Quel financement ?   

L’expérimentation des SECPa a été financée dans le cadre des projets dits « Article 51 », une disposition législative qui permet de financer des modes d’organisation nouveaux, hors du modèle traditionnel (exercice libéral et paiement à l’acte pour les soins primaires).
À en croire Stéphanie Rist, ministre de la Santé, cette expérimentation n’est pas un luxe, mais une nécessité : « L’innovation organisationnelle est indispensable pour garantir à chacun une santé de qualité, accessible partout et pour tous », écrit-elle dans le Rapport au parlement 2025 sur les expérimentations innovantes en santé.
Avec l’expérimentation, c’est un budget de 14 millions d’euros qui a été accordé en 2025 aux 26 SECPa, en complément des financements « Sécurité sociale » ordinaires. Ce financement est indispensable :
Au travail « hors soins » des équipes pluriprofessionnelles (médecins généralistes, psychologues, médiateurs en santé…).
Aux actions de santé communautaires destinées à renforcer les connaissances en santé et l’autonomie des usagers, notamment via des ateliers collectifs (activité physique adaptée, enfants et écrans ou gestion de la douleur…).

Mais cette expérimentation, voulue par l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et portée par la Sécurité sociale sera-t-elle pérenne ? Après la première phase dite « d’expérimentation », une évaluation, prévue pour tout projet « Article 51 », a été faite en 2023. Positive, elle a permis la prolongation pour deux ans du dispositif. Le projet passe alors du statut « d’expérimentation » à celui « d’innovation ». Cette phase permet de préparer l’intégration des dispositifs évalués positivement dans le droit commun, assurant ainsi leur pérennisation.

Et quel avenir ?

La décision de pérennisation de ces structures était attendue pour le début de 2026. Mais rien ne vient et les structures craignent un arrêt brutal du financement. Le Monde se fait l’écho de leurs inquiétudes : « Les craintes sont nées d’une réunion, organisée au ministère de la Santé, jeudi 29 janvier, avec les acteurs de ces structures, durant laquelle, assurent-ils, aucun engagement financier n’a été mis sur la table, alors que l’expérimentation arrive à échéance en avril. »

La menace est celle d’une réduction drastique des financements qui mettraient de fait fin à l’expérience, en ne proposant qu’un financement inférieur aux besoins via le label France Santé et une éventuelle contribution des ARS. Les acteurs locaux se sont organisés pour informer le grand public (pétition) et réclamer auprès des élus la reconnaissance des financement SECPa dans le droit commun.

Dans une lettre adressée le 9 février aux 26 structures de soins concernées, la ministre de la Santé s’est engagée à « maintenir » en 2026 les financements liés au dispositif expérimental SECPa, mais cet engagement n’est pas chiffré avec précision et n’est que temporaire, laissant entière la question de la pérennisation d’un système que la ministre juge pourtant comme essentiel.

Agnès Roby-Brami, François Meyer