Fin de la contention : applaudir/douter ?

Ne nous privons pas d’un peu de satisfaction après les déclarations sur France Info de Stéphanie Rist, ministre de la Santé depuis 2025.  Pour la première fois, une ministre de la Santé évoque en effet la question de la contention en psychiatrie, en proposant son interdiction à l’horizon 2030 !

Cette pratique qui – en dépit des assertions de nombre de psychiatres « modernes et scientifiques » la justifiant – n’est en rien une thérapeutique. Retrouvant un regain à partir du début des années 2000, elle s’est développée de façon exponentielle dans les services hospitaliers, tant aux urgences que dans les unités de psychiatrie. À tel point qu’en septembre 2015, à l’initiative du Collectif des 39, une pétition, certes tardive, appelant à sa dénonciation et son interdiction a réuni plus de 10 000 signataires. Il avait fallu l’assommoir du président Nicolas Sarkozy en décembre 2008, développant une politique de renfermement et de répression, pour amplifier les pratiques asilaires qui faisaient leur retour dans les hôpitaux psychiatriques, avec le développement des chambres d’isolement et la faible réaction des psychiatres qui ont laissé faire.

Un ensemble d’éléments ont contribué à cet état de fait : les politiques de « maîtrise comptable des dépenses », la formation neuroscientifique des psychiatres, la disparition de la formation psychiatrique spécifique des infirmiers, les pénuries de soignants, l’insuffisance du développement des pratiques d’accueil, mais aussi le développement de politiques sécuritaires et répressives non dénuées d’impact dans la vie quotidienne. Et aussi la lâcheté d’une grande partie des psychiatres qui ont fait le dos rond, c’est-à-dire qui ont laissé faire.

La ministre a bien précisé qu’il « faudra un nombre de professionnels adapté, des locaux adaptés et une formation de toute l’équipe, donc évidemment, ce n’est pas du jour au lendemain, mais il s’agit de garantir la dignité humaine ».

Si l’on ne peut que se réjouir qu’une orientation ministérielle donne une perspective à l’abolition de la contention, il faut des actes pour confirmer cette annonce. Mais aussi une nouvelle attitude d’une partie du monde de la psychiatrie. Car qui prescrit la contention, si ce ne sont des psychiatres eux-mêmes ?

Liste d’attente sans fin

Associée à cette position sur la contention, la ministre a indiqué une autre perspective, plus urgente : l’accès aux soins pour les jeunes, enfants et adolescents en grande souffrance psychique, qui laissent désemparés familles et jeunes. Sous la forme d’une formule « coupe-file », elle a évoqué un système pour proposer un rendez-vous rapide avec un soignants psy.

Dans la précédente publication de VIF, nous avions mis en avant l’insupportable acceptation par tous des délais d’attente de 6 mois, d’un an dans les Centres médico psychologiques, comme une fatalité qui avait bon dos, à nos yeux La ministre a avancé cette propositionde coupe-file, avec l’organisation d’un accueil soignant dans les centres médico-psychologiques des intersecteurs infanto-juvéniles et des secteurs psychiatriques.La ministre évoque « une organisation des professionnels de santé entre eux […] En s’organisant différemment, on arrive à libérer des créneaux ».

Elle n’ignore pas qu’il ne s’agit pas simplement d’une « organisation différente »… Si l’accueil est pensé au centre du dispositif de soins et doit guider la politique des soins, il n’en demeure pas moins qu’il doit aussi s’agir de moyens, de postes à créer, de modalités d’attraction des professions soignantes en psychiatrie et en psychiatrie infanto-juvénile. Au risque de se limiter à un vœu pieux et à la bonne volonté…

Paul Machto