
Je n’ai plus la fraîcheur de la jeunesse, j’ai quelques années au compteur, je suis dans l’âge de la vieillesse, je suis donc un vieux. Pas vieux dans le sens de plus bon à rien, ou bon à jeter… Non, je suis un vieux qui assume son âge et qui ne vit pas de regrets. Un vieux qui rit, qui a des projets, qui a envie d’être impertinent. Un vieux qui a toujours des choses à régler.
Certes, le compte à rebours est enclenché. Un compte à rebours qui me dit : tu n’as pas des choses à faire avant qu’il ne soit trop tard ? Tu n’as rien à réparer ? Pas de regrets ? Il est temps maintenant de t’y mettre, de faire tout ce que tu as reporté, de t’occuper de tout ce que tu as mal fait ou de ce que tu n’as pas su faire !
Mais surtout, ne rabâche pas ta vie ! Ne répète pas à l’envi ce que tu as fait auparavant. Ta vieillesse est unique, ne la gâche pas. Tu as eu tout le temps dans ta vie de prouver à tes parents, à tes proches, à la société que tu pouvais réussir. Que tu étais capable d’assumer, de réaliser, et pourquoi pas, que tu étais le meilleur dans ton domaine ! Tout cela est fini, pense à maintenant, à ce temps que la vie te donne, un temps de répit et d’apaisement dans lequel tu n’as plus rien à prouver.
Dans certaines cultures, on se sépare progressivement de tout ce qui semble superflu afin de ne laisser à ses héritiers que le minimum de choses à trier, à jeter, à transporter. Je ne sais pas le faire. Les objets qui, je le reconnais, sont parfois envahissants, portent aussi mon histoire et l’histoire de ceux que j’ai aimés. Ils me réconfortent. Mais revenons à ce temps si particulier et comment l’utiliser.
Comme c’est important, ce temps de la vieillesse ! Je ne le vois pas comme un moment angoissant ou déprimant, mais plutôt comme une chance de régler certaines choses.
Je me sens libre, je ne dépends plus de personne, je n’ai rien à prouver et j’ai la chance d’être encore vivant après plus de 70 ans passés sur terre.
Ce n’était pas gagné ! Quand j’ai appris à 33 ans que j’étais séropositif, j’ai vécu la retraite de Russie… Par chance, je m’en suis sorti, alors comment ne pas être reconnaissant à la vie ? La vie est une denrée subtile, sauvage, imprévisible, elle peut disparaître à tout moment et vous apporter tant de surprises. La mort est plus taiseuse. Pour autant, j’ai bien envie de pouvoir lui fixer le rendez-vous que je souhaite, au moment de mon choix.
Une loi pour mourir dans le respect du choix de chacun est nécessaire. Cela fait dix ans que le président Macron nous l’assure : elle sera très prochainement votée pour répondre aux attentes d’une grande majorité de Français. On attend toujours !
Les atermoiements successifs n’en finissent pas et nous sommes toujours otages d’enjeux politiciens. On doute même de l’application de la loi actuelle (dite « loi Leonetti »), qui permet de demander dans certains cas la sédation profonde et continue. Cette semaine, je suis allé manifester devant le tribunal à l’occasion du procès que Mr Gentil intente à un hôpital parisien pour non-respect des volontés de son père.
La vieillesse n’est pas que la perte d’autonomie, la maladie ou la mort, même si nous devons l’intégrer ; elle est avant tout, et particulièrement en France, une chance incroyable de réalisation de nous-mêmes.
Alors, n’hésitez pas, faites ce que vous avez toujours voulu faire et surtout, faites en sorte que personne ne vienne vous voler votre vieillesse ! Le temps passe si vite…
Francis Carrier
PS : Regardez Télé Vioc, que j’anime avec Laure Adler, vous y trouverez des pépites pour vous accompagner dans votre vieillesse.